Blanche-Neige

Yann Legendre : Blanche-Neige

Editeur: 

Editions Textuel

Format: 

Type DC: Illustration à la tablette graphique
Source : "Grimm. Contes choisis". Illustrations de Yann Legendre. Paris, Editions Textuel, 2014.

Gestion des droits: 

Yann Legendre ; Editions Textuel

Langue: 

français

Date: 

2014

Mots clefs: 

Conte référent: 

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Cette illustration en pleine page est composée d’un fond aux couleurs froides - trois teintes de bleu - figurant une forêt grâce à huit hauts troncs d’arbres prolongés par la base d’un feuillage que l’on devine sombre et dense. Au centre de l’image se trouve une pomme rouge géante dont il ne subsiste quasiment que le trognon, tant Blanche-Neige semble y avoir généreusement mordu. Cette dernière, vêtue d’un corsage et d’une jupe bleus, est allongée au creux de la pomme, couchée sur le flanc droit, les lèvres mi-closes, visiblement inanimée.

S’il est courant de trouver, dans l’iconographie de Blanche-Neige, des représentations de la scène de la tentation par la pomme ou de celle du cercueil de verre, laquelle se double d’ailleurs généralement d’une scène de déploration collective, l’illustration de Yann Legendre s’en démarque en représentant sur une cette unique image non seulement la jeune fille et la pomme, mais aussi la conséquence du piège tendu, à savoir la mort.
On pourrait certes objecter que Benjamin Lacombe a, lui aussi, procédé à une association comparable, mais dans sa version, la pomme (dont la taille est, contrairement à celle de Yann Legendre, réaliste) et la jeune fille sont désolidarisées. La mort apparaît en outre, chez Lacombe, sous les traits d’un corbeau, ce qui rend explicite quoique métaphorique le lien entre la jeune fille et la pomme.
L’originalité de l’illustration de Yann Legendre consiste en son caractère poétique  et onirique : la pomme démesurée est à la fois la cause et l’écrin du sommeil − ou du trépas − de Blanche-Neige.
Seul personnage représenté sur cette image, la solitude de l’héroïne y est éclatante. Mais le choix de la pomme plutôt que celui du cercueil rend aussi moins définitive et plus ambiguë l’interprétation du conte par le lecteur : Blanche-Neige, lointaine cousine du Dormeur du Val, dort-elle, rêve-t-elle ? Sa pâleur est-elle le fait de son teint de porcelaine ou la conséquence du poison ingéré ?
utre intertextualité rimbaldienne, le tapis de mousse de la forêt paraît si lisse et bleu que la Blanche-Neige de Yann Legendre semble y flotter sur son radeau de pomme comme dans une coquille de noix, telle une Ophélia à la dérive (que Rimbaud évoque d’ailleurs en ces termes : « O pâle Ophélia ! belle comme la neige ! »).

Yann Legendre parvient donc à conférer au conte illustré une nouvelle identité graphique placée sous le signe d’une modernité nourrie par le pop art, les comics, mais aussi par le symbolisme et l’art nouveau (ainsi qu’en témoignent les ornements végétaux – forestiers en l’occurrence – qui encadrent l’image), tout en ménageant pour le lecteur une part d’incertitude et d’indécision sur l’état de conscience du personnage ainsi que sur son avenir.

 

Contributeur : Anne-Sophie Gomez