Peau d’âne

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Ce recueil de 1937 réunit douze contes adaptés pour la plupart des récits de Perrault, comme Peau d’âne, Le Petit Poucet ou Le Chat botté, et quelques-uns d’autres conteurs, comme Andersen par exemple. Peau d’âne est le troisième conte de ce recueil et est enrichi de six illustrations en couleur et en noir et blanc.

Le conte de Perrault se présente ainsi : une reine, sur le point de mourir, fait promettre à son mari de ne pas se remarier, à moins qu’il ne trouve une épouse plus belle qu’elle. Or, la seule personne plus belle que la reine est sa propre fille. Afin d’échapper à ce mariage, la princesse demande à son père, sur les conseils de sa marraine, trois robes irréalisables, mais celui-ci parvient à les lui offrir. En dernier recours, la princesse demande à son père de tuer son âne merveilleux qui produit de l’or. Le roi s’exécute et la princesse s’enfuit du château, vêtue de la peau de l’âne. Sous ce travestissement, Peau d’âne devient servante et continue de porter ses robes le dimanche dans sa chambre. Un jour, un prince l’aperçoit ainsi parée et s’éprend d’elle. Il demande à ce que Peau d’âne lui cuisine un gâteau et la jeune fille y laisse tomber sa bague. Le prince fait essayer celle-ci à toutes les demoiselles du pays, mais elle ne convient à aucune d’entre elles. Peau d’âne se soumet également à cette épreuve, enfile à son tour la bague, se débarrasse de sa peau animale et épouse le prince, libérée de l’union incestueuse.

Dans la version en prose adaptée par France de Bardy, les motifs du conte de Perrault sont conservés. La demande de la mère est formulée, le père souhaite prendre sa fille pour épouse et celle-ci lui demande trois robes : une couleur du temps, une couleur de la lune et une couleur de soleil. Les vêtements sont habilement réalisés et la marraine de Peau d’âne lui conseille d’exiger la peau de l’âne merveilleux qui fournit de l’or. L’animal est abattu, la princesse revêt sa peau, quitte le château et devient servante. La suite de l’histoire reste aussi fidèle au récit de Perrault. Peau d’âne enfile ses prodigieuses robes le dimanche, le prince l’aperçoit, se désespère de sa condition et demande à ce que la servante lui cuisine un gâteau. Elle fait tomber sa bague lors de la préparation de celui-ci, le prince trouve le bijou et le fait essayer à toutes les demoiselles des alentours. La bague ne convient à aucune d’entre elles, puis Peau d’âne l’essaye, elle est à sa taille. Elle quitte alors son habit animal pour dévoiler sa robe couleur de soleil et épouse le prince. Ainsi, nous pouvons remarquer que même dans une version adaptée pour les enfants, le motif de l’inceste et le violent désir du père sont conservés.

Ce conte met l’accent sur un des tabous de la société : le désir immoral du père pour sa fille. Or, dans l’adaptation de France de Bardy certaines remarques viennent tempérer la violence de ce désir comme « ce n’était pas chose facile » ou encore « le roi crut que, pour obéir à son serment, il lui fallait épouser sa fille ». L’emploi du verbe « croire » annonce de façon proleptique l’erreur du père et l’écrivaine insiste cependant sur sa droiture en rappelant qu’il souhaite respecter son engagement. Le rôle de la fée marraine est également d’une importance notable dans ce conte, celle-ci est auxiliaire, elle conseille l’héroïne et se substitue à la figure maternelle perdue. Par ailleurs, les épreuves, qui prennent une valeur rituelle et initiatique, sont nombreuses dans ce récit. Tout d’abord imposées au père (fabrication des différentes robes et sacrifice de l’âne), elles sont ensuite subies par la jeune fille. Ainsi, la vie de servante, la préparation du gâteau, et, enfin, l’épreuve de la bague se présentent comme des étapes à franchir pour que Peau d’âne devienne femme et reconquiert son statut. Ce conte met également en scène le motif de la fiancée-animale, que nous pouvons retrouver dans plusieurs contes, dans « La Chatte blanche » ou encore « La Biche au bois » de Madame d’Aulnoy, même si les fiancés-animaux masculins sont plus fréquemment représentés.

Dans les six illustrations du conte, nous voyons la peau d’âne représentée à quatre reprises. Elle est tout d’abord montrée à la jeune fille par un jeune homme agenouillé. Peau d’âne semble surprise ou choquée à la vue de cette peau. Dans cette première illustration, le désir paternel est exprimé : celui-ci est proche de sa fille et semble lui toucher la main. Le deuxième dessin montre la jeune femme recouverte de la peau, en train de quitter le château. Toutes les parties de l’âne mort ont été conservées, nous voyons que les pattes de l’animal sont nouées autour du cou de la protagoniste, la liant véritablement à la bête. Les pattes arrières de l’âne ainsi que sa queue traînent derrière la princesse. La troisième illustration met en scène la jeune fille travestie, dans une basse-cour, regardant passer un homme à cheval. Même si la peau est toujours présente, l’héroïne ne recouvre plus son visage de la tête de l’âne. Peu à peu, la peau semble disparaître. Enfin, la dernière illustration montre la princesse au palais, une bague à la main, le prince à ses pieds. La peau est bien présente, mais Peau d’âne l’a enlevée et la tient d’une main. Au fil des dessins, le contact avec la peau devient de plus en plus lâche, la princesse s’en détache progressivement, de la même façon qu’elle se détache de son père et ses désirs. Dans ce recueil, nous voyons que les destinataires visés sont bien les enfants, les illustrations sont très colorées (presque la moitié sont en couleur) et apparaissent avec une grande régularité. Dans « Peau d’âne », une page sur deux présente une illustration qui s’étend presque toujours sur la page entière. Le style de ces images est assez naïf, les couleurs sont nombreuses et criardes, et, dans les illustrations en noir et blanc, de grands espaces sont laissés vides et ne présentent que peu de détails (en témoigne par exemple la quatrième illustration), les images se rapprochent alors quelque peu des coloriages à destination des enfants. Le dialogue entre le texte et les images n’est pas toujours cohérent, les dessinateurs semblent assez libres et certains éléments des illustrations ne correspondent pas au récit. À titre d’exemples, le personnage qui montre la peau d’âne à l’héroïne dans le premier dessin n’est mentionné nulle part dans le récit, et la scène représentée dans la troisième illustration ne correspond pas au texte où il est dit que le prince observe Peau d’âne dans sa « chambrette ». Il ne semble pas l’avoir rencontrée auparavant dans la ferme, comme le suggère le dessin. De ce fait, une double lecture pourrait être faite de ce conte, l’une pourrait s’appuyer sur le texte, et l’autre sur les images, quelques éléments seraient alors divergents. Malgré ces différences ponctuelles, les illustrations demeurent plaisantes pour un lecteur enfantin, celles-ci ont un grand format, sont nombreuses, souvent très colorées, les animaux y sont abondants et la lecture de ces images est tout à fait accessible à un jeune lecteur.

 

Références

Editeur: 

Gordinne (Belgique)

Contributeur: 

Florie Maurin

Date: 

1937

Type DC: 

Format: 

in-quarto

Gestion des droits: 

© Gordinne

Langue: 

français