« La Belle et la Bête », Le Cabinet des fées : le nouveau livre des enfants.

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Le Cabinet des Fées : le nouveau livre des enfants (XVIIIe siècle) est un recueil de contes en un tome qui regroupe une trentaine de contes. Les contes rassemblés sont tirés de l’œuvre de Charles Perrault, de Madame d’Aulnoy, de Madame Caylus et, pour la majeure partie, de celle de Madame LePrince de Beaumont. Tous les contes ont été illustrés par Gérard Seguin. « La Belle et la Bête », de Madame LePrince de Beaumont, est le vingt-cinquième conte du recueil. L’illustration choisie de « La Belle et la Bête » est la seule gravure du recueil qui illustre ce conte. Le recueil ne propose, en effet, qu’une seule gravure par conte. Le graveur a donc choisi un moment décisif du conte à illustrer.

Dans ce conte, un marchand, père de six enfants, perd sa fortune. La plus belle et vertueuse de ses filles, appelée la Belle, s’accommode à leur nouveau mode de vie ; tandis que ses deux sœurs déplorent leur richesse passée et jalousent leur sœur. Le marchand s’en va chercher une cargaison, qu’il espère suffisante pour retrouver son ancien mode de vie. Ses deux filles lui demandent des parures et des robes ; la Belle, quant à elle, demande une simple rose. Au retour de ce voyage, le marchand se perd dans la forêt et trouve refuge dans un château apparu ex-nihilo. Cependant, au moment de partir, il cueille une rose pour la Belle. La Bête, maître du château, surgit et le condamne à mourir pour avoir cueilli cette rose. Il pourra revoir sa famille et partir avec un coffre rempli de richesse, mais une vie devra lui être offerte dans un délai de trois mois. La Belle se propose à la place de son père et se rend au château. Elle ne meurt pas, comme annoncé, mais vit au château en tant que maîtresse de maison. Chaque soir, elle s’entretient avec la Bête qui est généreuse et vertueuse malgré son apparence repoussante. À cette occasion, il lui demande systématiquement sa main qu’elle lui refuse. La voyant malheureuse, à la suite de sa séparation d’avec son père, la Bête autorise la Belle à lui rendre visite huit jours. Elle lui promet de revenir. Cependant, ses sœurs, jalouses de son bonheur et de sa nouvelle condition, lui jouent un tour pour qu’elle ne respecte pas sa promesse, feignant les larmes à chaque fois qu’elle veut partir. Elles espèrent ainsi que la Bête tuera la Belle pour ne pas avoir tenu sa promesse. Mais, c’est la Bête qui se laisse mourir en l’absence de la Belle. La Belle revient précipitamment et trouve la Bête étendue sur le sol. Sa tristesse lui fait prendre conscience de son amour pour lui, et elle accepte de devenir sa femme. Instantanément, elle trouve devant elle un prince « plus beau que l’Amour ». Le prince explique alors la malédiction qu’il a subie. La Belle devient reine à ses côtés, tandis que ses sœurs sont transformées en statues de pierre pour leur mauvais tour.

« La Belle et la Bête » est classé dans les contes de type AT 425C, aux côtés du « fiancé-animal » et de « Cupidon et Psyché » que Madame LePrince de Beaumont a réécrit. Contrairement au « fiancé-animal », le conte de « La Belle et la Bête » s’intéresse plus à la Belle qu’à la Bête. Le conte a une vocation initiatique : il nous fait voir le passage de l’enfance à l’âge adulte de Belle, la jeune fille quittant son père pour retrouver son mari. Par le personnage de la Bête, Madame LePrince de Beaumont remet en question les notions de monstruosité et de bestialité. Dans le conte, la Bête est représentée comme généreuse et vertueuse. Dès son premier dialogue, elle refuse la flatterie du père et lui demande la vérité. Par opposition, les deux sœurs de la Belle sont hypocrites, superficielles, ingrates et immorales. De même, le conte nous présente plusieurs prétendants qui sont narcissiques, cupides ou encore mesquins. La conteuse oppose ainsi la nature, la bestialité, à la culture et à la société. La société est dénoncée, au profit de l’honnêteté. La conteuse nous invite également à regarder au-delà des apparences : derrière le monstrueux et la bestialité, se trouve une beauté morale ; tandis que derrière une apparence soignée et apprêtée, le vice transparaît. Elle oppose donc moi social/moi profond ; nature/culture ; être/paraître. La Belle est la seule qui voie derrière l’apparence hideuse : elle apprend à aimer la Bête sous son apparence animale, elle pourra donc connaître un mariage heureux, contrairement à ses sœurs. Enfin, l’aspect merveilleux du conte montre l’influence des Anciens sur Madame LePrince de Beaumont, qui emprunte à Apulée et Ovide. Le conte est régi par la métamorphose et, à la fin de celui-ci, toutes les apparences concordent avec le moi profond des personnages : la Bête vertueuse devient un beau prince ; de même la Belle devient reine ; tandis que les deux sœurs sont transformées en statues de pierre, à l’instar de la froideur de leur cœur.

Gérard Seguin a choisi d’illustrer la scène avant la transformation de la Bête, qui retrouve sa forme humaine initiale. Nous sommes au dénouement du conte, et cette transformation est présentée comme un coup de théâtre. En effet, il n’est pas précisé avant cet épisode que la Bête subissait une malédiction. Le lecteur n’a accès qu’au point de vue de la Belle qui ne voit pas la transformation et qui ne dispose pas des informations quant au passé de la Bête. Il y a donc un retournement de situation. Il s’agit d’un dénouement cathartique : la bonté de la bête est récompensée par la beauté extérieur, la vertu de Belle est récompensée puisqu’elle ne va pas épouser une Bête bien qu’elle aurait pu. Le graveur a donc choisi de représenter le moment où Belle déclare son amour à la Bête, malgré son apparence monstrueuse, comme l’indique la citation sous son illustration : « Elle trouva la pauvre bête étendue et sans connaissance ». Cette phrase est présente dans le conte. L’adjectif hypochoristique antéposé « pauvre », révèle la sympathie qu’a la conteuse pour son personnage. Bien que la Bête ne soit pas décrite dans le conte, laissant place à l’imagination du lecteur, Gérard Seguin a décidé de la représenter. Dans sa gravure, la Bête est hybride : si elle ressemble à un âne, du fait de ses grandes oreilles, elle a des crocs et des griffes. Seul son œil suggère l’humanité du personnage. Belle est blonde, vêtue d’une robe sans bijoux, broderies ou accessoires, ce qui est présent dans le texte : humble et simple, elle choisit la robe la moins luxueuse parmi celles offertes par la Bête. Les deux personnages sont représentés comme un couple : leur regard sont tournés vers l’autre, Belle prend la Bête dans ses bras. Le décor est favorable à cet amour : à l’arrière-plan, le jardin de la Bête est représenté. Ce jardin semble protéger les amants, il leur confère de l’intimité. De plus, ce décor naturel participe à la revalorisation, par la conteuse, de la nature sur la société.

Références

Editeur: 

G. Barba (Paris)

Contributeur: 

Morgane Lebouc

Date: 

Le conte de Madame LePrince de Beaumont a d’abord été publié dans Le Magasin des enfants (1756). Le recueil choisi, dans lequel figure l’illustration, paraît entre 1820 et 1875 (date conjecturale).

Type DC: 

Format: 

gravure in-8

Identifiant: 

ark: 12148 bpt6k58298587

Source: 

Bibliothèque nationale de France, Z-9679. Lien vers une ressource liée : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30796056h

Gestion des droits: 

Domaine public.

Langue: 

français