«Blanche-Neige et les sept nains»

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Cet album tout en rondeur – tant par les formes employées dans les dessins que par sa forme d'objet-livre aux coins arrondis – s'adresse aux jeunes lecteurs. Dès la couverture, le ton est donné avec des couleurs vives – utilisées dans tout l'album – et des symboles explicites : une jeune fille au visage rond et à l'air innocent, à la peau claire et aux longs cheveux foncés, tient dans ses mains une pomme entamée aussi rouge que ses lèvres. L'album, dès la page de garde, se veut ludique, présentant les quatre personnages (ou groupes de personnages) principaux, à savoir, Blanche-Neige, la méchante reine, les sept nains et le prince, qui apparaissent en miniature dans de petits cercles rouges. Sous le titre, une pomme, mordue des deux côtés, devient l'illustration symbolique du conte.

L'album, qui propose une version abrégée du conte source, mêle illustrations et texte. Les images sont toutefois largement dominantes puisque seules les pages de gauche contiennent quelques paragraphes de texte encadrés par (ou cohabitant avec) des images tandis que les pages de droite sont uniquement composées de grandes illustrations qui occupent la totalité de l'espace.

Bien que simplifié, le texte du conte conserve les principaux éléments présents dans la version des Grimm. La tripartition des couleurs est la même, bien que son explication  soit réduite au minimum : les premiers mots du récit décrivent simplement la jeune Blanche-Neige comme une petite fille « à la peau blanche comme la neige, au lèvres rouges comme le sang, aux yeux et aux cheveux noirs comme l'ébène », sans qu'aucune mention soit faite à la scène initiale classique montrant la reine, mère de Blanche-Neige, cousant à la fenêtre, sous la neige. De même, dans la suite du texte, si l'enchaînement narratif suit celui du conte des Grimm, il est clairement simplifié (par exemple, des trois tentatives de la marâtre pour tuer Blanche-Neige seule la dernière, avec la pomme, est conservée), sans doute dans un souci de meilleure compréhension par l'enfant. Pour s'adapter au jeune public, certains éléments de l'histoire originale, trop choquants, sont également transformés : ainsi, l'ordre donné par la reine au chasseur de ramener les organes – foie et poumons deviennent d'ailleurs cœur seul, comme souvent dans l'imaginaire collectif – de Blanche-Neige n'est plus teinté d'une volonté de s'en repaître, mais seulement une preuve d'obéissance ; la cruelle punition finale de la reine est quant à elle transformée en mort subite causée par la jalousie, sort moins cruel.

Si, dans l'album, le texte semble prendre des libertés avec la version originale du conte, les illustrations se montrent quant à elles riches de détails émanant directement de la version des Grimm et qui peuvent être remarqués si l'on y prête attention. Ainsi, la neige de la scène introductrice a disparu, nous l'avons vu ; pourtant, elle est présente sur la couverture de l'album, tombant autour du personnage. Blanche-Neige est elle aussi proche de la version allemande puisqu'elle apparaît d'abord comme une enfant (très jeune fille dépourvue de formes féminines au début de l'album, à l'image de la jeune Blanche-Neige de sept ans qui a fui dans la forêt chez les Grimm) avant de devenir femme et de se marier. Enfin, lorsque Blanche-Neige est placée dans son cercueil, le texte des Grimm mentionne que des animaux viennent la saluer ; or, sur l'illustration correspondant à cette scène, on aperçoit deux colombes, rappelant la « petite colombe » qui vient pleurer la jeune fille dans le texte allemand...Cet album est donc à la fois fidèle et éloigné de la version originale du conte. Mais l'élément le plus étonnant concerne la représentation qui est faite des deux personnages principaux. Contrairement à ce qui est le plus souvent le cas lorsqu'on représente la méchante reine, la marâtre de cette version ressemble étrangement à Blanche-Neige, allant même jusqu'à lui voler les trois couleurs qui la caractérisent. Représentée comme une femme brune à la peau très claire et aux lèvres rouge vif, la reine adopte également le même code de couleurs dans ses habits puisqu'elle est vêtue d'une robe noire au large col blanc sur laquelle est attachée une sorte de cape rouge. Cette ressemblance physique, associée à l'absence de la vraie mère de Blanche-Neige (mention textuelle quasi-inexistante et absence dans les illustrations), ainsi qu'à la première image où la méchante reine apparaît (de profil, la manche de sa robe, habilement placée, dessinant comme un ventre et donnant l'illusion qu'elle est enceinte) ; tous ces éléments poussent à voir dans la marâtre un avatar de la « mère jalouse », stéréotype récurrent dans les contes comme l'explique Bettelheim. Toujours accompagnée sur les illustrations d'un corbeau, créature inspirant la crainte et traduisant la noirceur, la reine est en totale opposition avec Blanche-Neige qui est quant à elle entourée d'animaux inspirant confiance (petits oiseaux clairs, écureuils, biches, lapins...). La réécriture, ici, comme le conte source, montre donc une réalité, celle des difficultés de relations entre les parents et les enfants, de façon imagée, pour enseigner inconsciemment au jeune lecteur.

Références

Editeur: 

Lito, « Minicontes classiques »

Contributeur: 

Adeline de Miras

Date: 

2015

Type DC: 

Format: 

livre (24 x 20 cm, 12 pages)

Identifiant: 

ISBN 978-2-244-40457-8

Gestion des droits: 

Éditions Lito

Langue: 

français